Alain LAFON Electronique - Réparation de Matériel Electronique de Musiciens et de Studios


Les lampes



Mythes et réalité













  • Les principales lampes utilisées en musique

    Lampes de préamplification

    - Triode (ex:6C4)
    - Double triode (ex:12BH7)
    - Triple triode (ex:6K11)


    Lampes de puissance

    - Triode (ex:6SN7)
    - Tétrode (ex:6V6)
    - Tétrode à faisceau dirigé (ex:6L6)
    - Pentode (ex:EL34, 6550A, KT88)


    Lampes redresseuses

    - Diode (ex:EY80)
    - Double diode (ex:EZ80)


    Autres lampes (rares)

    - Triode-Pentode (ex:ECL83)
    - Oeil magique (ex:EM80)
    - Régulateur de tension (ex:OA2)
    - Thytatron (ex:EC50)





  • Les appellations

    Les lampes sont nommées selon un code européen ou américain qui ne sont que des langages différents.
    Une ECC83 en code européen est strictement une 12AX7 en code américain.
    Il n'y a entre elles aucune autre différence que le nom.
    Il existe des tableaux de correspondance entre ces noms (ex: ECC81 = 12AT7) à ne pas confondre avec les tableaux d'équivalence de lampes (ex: 5881 = 6L6GC) qui, ces derniers, donnent deux lampes de caractéristiques suffisamment proches pour être compatibles dans la majorité des applications.





  • Les fausses compatibilités

    Certains montent des lampes 6550 sur des amplis équipés d'origine de EL34/6CA7.
    Cette aberration, conseillée par des incompétents ou calculée, commence à prendre de l'ampleur, elle est très dangereuse et le risque de casse est très élevé.
    Elle provient principalement du brochage identique de ces deux lampes, qui est aussi le même pour d'autres lampes de puissance, mais aussi du fait que certains Marshall, fabriqués pour les USA, étaient équipés d'origine de ces lampes 6550.
    Ces Marshall particuliers n'avaient pas les mêmes transformateurs de sortie et d'alimentation ni la même tension de polarisation des lampes (bias) que les Marshall classiques équipés de lampes de puissance EL34.
    Le courant de filament d'une 6550 est de 1,8 A contre 1,5 A pour une EL34, soit 1,2 A de consommation supplémentaire sur l'alimentation du chauffage 6,3 V pour un ampli de 100 w à quatre lampes 6550.
    De plus l'impédance au primaire d'un transformateur de sortie pour lampe 6550 est nettement différente de celle d'un transformateur de sortie pour EL34.

    Le danger est encore plus grand de remplacer des 6L6 ou des 5881 qui ont un courant de chauffage de 0,9 A par des EL34, dans ce cas le courant supplémentaire est de 2,4 A pour un ampli de 100 w.

    L'illusion ne dure pas très longtemps, juste assez quand même (quelques dizaines d'heures ou quelques mois) pour que l'utilisateur ne puisse pas être certain que la défaillance de l'ampli provient de cette modification.
    De là à penser que certains auraient intérêt à conseiller cette modification, il n'y a qu'un pas que je franchis sans hésiter.
    Dans cette pratique lamentable, les "conseilleurs" ne sont pas les payeurs, bien au contraire.

    Quant à ceux qui voudraient sérieusement comparer sans danger et scientifiquement le son des EL34 et des 6L6 sur le même ampli, il leur faudra impérativement changer les lampes de sortie, mais aussi le transfo de sortie et le bias en même temps. Ca vaut vraiment la peine d'essayer ! Ils seront surpris !





  • Les lampes fantômes

    J'ai eu entre les mains des pédales de distorsion "à lampe", chères, de grande marque, dans lesquelles la lampe 12AX7 n'est pas utilisée pour le son.
    Seul, le filament de chauffage de la lampe est câblé.
    Il est en série dans l'alimentation, de sorte que tout s'arrête si elle n'est pas dans son support. Elle est donc indispensable.
    Un fil conducteur, ou mieux une résistance à 20 centimes, pour absorber les 6.3 v du filament, joue le même rôle.

    Il existe aussi des appareils Hi-Fi, de grande marque, très chers parce que "à lampe", entre autres des lecteurs de CD, dont les seules lampes qui les équipent sont très particulières.
    Elles ont la forme et la taille d'une double triode classique genre 12AX7 mais seulement un filament à l'intérieur, aucune autre électrode.
    Elles sont volontairement montées derrière un plexi sombre pour ne laisser voir que le rouge du filament chauffé.






  • Les origines, les marques, les prix, les qualités

    Un importateur français de lampes m'a contacté dans les années 90 pour me proposer très sérieusement quelques exemplaires de vieilles lampes américaines de la marque VISSEAUX, en prononçant le nom de cette marque avec un énorme accent américain (vaaiissaaoux).
    Il ne savait pas que VISSEAUX à été la plus prestigieuse marque française de lampes de tous les temps, considérée comme telle dans le monde entier et particulièrement par les Américains.

    A en croire les magasins de musique et les pubs ou articles de "spécialistes" dans les revues: Certaines marques d'aujourd'hui seraient bien meilleures que d'autres, ce qui expliquerait les différences de prix.

    En fait, de "spécialiste", je n'en connais pas un seul, et je ne crois pas qu'on soit nombreux dans le monde aujourd'hui à parfaitement connaître les lampes et les amplis à lampes.

    Contrairement à tout ce qu'on peut lire ou entendre, les vrais grands fabricants de lampes (Europe occidentale et Amérique), qui étaient en concurrence sérieuse pendant plus de trente ans ont tous stoppé leur fabrication avant les années 80.

    Cette émulation avait permis d'obtenir des lampes d'une qualité remarquable.
    On peut les considérer aujourd'hui comme des étalons, quasi-parfaits.
    Elles équipent encore quelques vieux amplis, micro, orgues ... et certains pour longtemps.
    Elles n'étaient pas seulement toutes testées, quelques très rares le sont aujourd'hui, mais détruites si non-conformes au cahier des charges.
    Toutes celles que j'ai pu mesurer avaient une marge d'au moins 100% pour les paramètres les plus importants.

    Vers le milieu des années 70, de nouvelles lampes venues de Chine ont inondé un marché déjà en régression.
    Elles étaient d'une qualité pitoyable, en nombre suffisant et à un prix assez bas pour obliger tous les prédécesseurs à abandonner rapidement leur production.
    Elles étaient marquées: made in Russia, Tchechoslovakia, Yougoslavia, Hongary, Germany, USA ...
    Elles sont toujours là, ce sont celles que l'on trouve partout aujourd'hui, parfois vendues carrément sous la marque de l'ampli qu'elles équipent.

    Mais, aucun fabricant d'ampli au monde n'a jamais fabriqué une seule lampe. Ce n'est pas du tout le même métier et ça nécessite d'autres compétences !

    Aucune lampe ne résiste longtemps à l'analyse à l'oeil, à la loupe, au microscope.
    J'ai constaté, strictement les mêmes défauts ou traces laissés par les machines utilisées pour leur fabrication sur toutes les lampes actuelles d'une même période donnée, quelle que soit la marque ou l'origine indiquée sur ces lampes.

    Pour un profane, il est difficile d'avoir un lot suffisant de lampes pour les comparer et de faire sur elles des mesures qualitatives et quantitatives.

    Les comparaisons sont rendues encore plus ardues par le nombre de formes existantes.

    Les mesures et autres relevés de courbes ne m'ont jamais permis de trouver la moindre différence.

    Le pourcentage de déchets et le type des défauts, identiques, confirment les mesures.

    D'autres constatations viennent conforter mes soupçons:

    En 1988, un gros importateur européen, pour qui je faisais de la consultance, m'avait écrit noir sur blanc, dans un courrier que j'ai toujours: "... parce qu'aujourd'hui, il n'y a qu'un seul fabricant de lampes audio au monde, la Chine ..."

    D'autre part, cet importateur utilisait mes services, théoriquement pour faire améliorer la qualité et la fiabilité des lampes.
    Ne voyant jamais arriver les nouvelles lampes modifiées selon mes spécifications, comme il était convenu, je commençais à avoir de sérieux doutes sur ses réelles intentions.
    J'ai mis fin à notre coopération quand je suis tombé par hasard sur sa pub dans des revues pour guitaristes disant approximativement: "Nos lampes bénéficient des recherches d'un spécialiste hautement qualifié".
    C'était faux, elles n'en bénéficiaient pas, mais c'était vrai qu'elles étaient l'objet de recherches de ma part.
    Tout l'art de la communication commerciale actuelle, soit rien derrière.

    Dans les années 90, la fabrication des lampes à failli profiter d'une innovation.
    Certainement pour remplacer le verre qui exige des températures de fusion élevées, on a trouvé un autre matériau, qui à l'aspect d'une matière plastique synthétique, pour fabriquer l'enveloppe extérieure des lampes.
    Cette ampoule se reconnaît facilement à son épaisseur double à triple de celle en verre.
    Sous l'ongle, le son qu'elle émet est assez mat pour qu'on puisse la croire fendue.
    Tandis qu'une ancienne, en verre, sonne brillant, métallique.
    Ca n'aurait pas été un problème s'il avait été pensé que ce matériau devait tenir en température avant de ne penser qu'aux bénéfices à réaliser.
    J'ai vu revenir, dans la même année, pas mal de ces lampes que je venais très récemment de monter neuves sur des amplis.
    Elles avaient seulement quelques dizaines d'heures de vol et leur enveloppe extérieure en "plastique" avait deux creux ronds d'environ un centimètre de diamètre fondus et rétractés vers le centre par aspiration, collés 5 à 8 millimètres plus bas contre l'anode.
    Ce matériau fondant avait fini par se perforer sous la dépression et donc la lampe par brûler.

    Ce problème atteignait des lampes estampillées de n'importe quelles marques et origine que je connaisse.

    Depuis, les lampes actuelles ont toujours toutes ce matériau, même la majorité des lampes d'éclairage, il a dû être un peu amélioré parce que je n'ai plus rencontré ce problème, entre autre il est plus épais qu'avant.






  • Le tri des lampes


    - La sélection

    Je reçois beaucoup de lampes, j'en garde très peu.
    Je les teste d'abord visuellement et à l'oreille à froid, déjà le sort de certaines est réglé.
    Ensuite, je les trie sur des amplis étalons, pas sur un lampe-mètre.
    Je ne cherche pas des lampes pour un lampe-mètre mais pour des amplis.
    Ce qui compte, ce ne sont pas seulement les mesures brutes, mais l'interprétation de ces mesures.
    Selon leur comportement et l'extrapolation des valeurs de ces mesures après rodage, je garde certaines lampes qui subiront d'autres tests.


    - Les résultats

    A la fin de tous les tests, je garde en moyenne, sur les huit dernières années de statistiques, 3,3 % des lampes de puissance.
    Le meilleur taux que j'ai obtenu à été d'environ 15 % et il est fréquemment de 0 %.
    Il est plus élevé, en moyenne 50 %, pour les autres lampes.
    Ces chiffres sont valables et identiques pour toutes les lampes quelles que soient les marques ou origines marquées et pour celles ne comportant pas encore d'inscription.

    Les lampes que je ne garde pas sont renvoyées chez leurs fournisseurs qui ont la sagesse de ne pas mettre en doute ma compétence et de ne me facturer que celles que je garde.

    Ces explications sont là pour répondre à la question habituelle: Comment se fait-il que toi tu ais de bonnes lampes puisque tu prétends qu'il n'y en a que 3,3 % de correctes sur le marché.







  • Les lampes du commerce

    A ma connaissance, aucune lampe du marché n'est triée et encore moins apparié.
    Cela demanderait des compétences que n'ont pas les vendeurs de lampes, ni les électroniciens qui apprennent depuis trente ans en fac que les lampes n'existent plus.

    Par exemple, les dernières qui m'ont été envoyées par un importateur français comme étant triées, mesurées et appariées étaient des KT88 dont les documents accompagnant disaient:

    Pour: V Anode=230V, VG2=230V et VG1=-16V
    Lampe 1: I Anode=86mA P=10mA/V
    Lampe 2: I Anode=86mA P=10mA/V
    Lampe 3: I Anode=87mA P=10mA/V
    Lampe 4: I Anode=87mA P=10mA/V
    Lampe 5: I Anode=93mA P=10mA/V
    Lampe 6: I Anode=93mA P=10mA/V

    Surprise, sous 700 v d'anode et VG1 - 45 v, tensions nettement plus normales dans un ampli basse à KT88, déjà les deux premières lampes avaient respectivement des courants d'anodes de 15 et 95 mA !

    On pourrait aussi les mesurer sous 50 v ou ne prendre en compte que leur poids ou leur diamètre, on obtiendrait des paires parfaites.

    Un jour, on m'a montré un lot de quatre lampes 6L6GC, vendues ensemble dans un tube plastique transparent, marquées sur le verre du nom d'une grande chaîne de magasins de literie et d'articles ménagers hyper-connu.
    Elles avaient été achetées dans ce magasin-là.

    J'ai pu constater, sur certaines lampes de grande marque, très chères, vantées pour être triées, appariées, testées au computer, l'absence rédhibitoire du filament de chauffage !







  • Les lampes sans complexe

    Certaines lampes portent des inscriptions, pour le moins, ambiguës: quelle marque, quelle origine, quel prix, quels sons différents ?

    Voir cet exemple éloquent et cet autre.







  • Durée de vie des lampes

    Les "connaisseurs" conseillent de changer les lampes d'un ampli tous les ans.
    Des lampes de puissance "tout-venant" et de plus montées sans compétence ont bien des difficultés à durer autant et quelques unes lâcheront bien avant.

    Par contre, des lampes rigoureusement sélectionnées, et chacune adaptée à l'ampli qui la reçoit, durent sans problème plus de dix ou quinze ans en usage professionnel intensif normal, sauf dans quelques très rares amplis trop mal conçus.


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